Le bonheur est un concept difficile à définir. Malgré tout, de nombreux courants de pensée philosophique ont tenté de déterminer ce qui nous rend heureux. Kant, Aristote ou même Nietzsche ont donné leur propre définition de ce concept abstrait qui pourtant, est source d’aspiration pour le plus grand nombre d’entre nous !
Dans cet article, découvrez comment le bonheur est-il perçu à travers l’oeil des plus grands philosophes…
Aristote
“Le bien humain réside dans une activité de l’âme conforme à la vertu.”
Pour Aristote, philosophe grec de l’Antiquité, le bonheur est le souverain du bien ; le but ultime de toutes nos actions. Pour l’homme, le bonheur repose donc sur la conformité à la raison et à la vertu.
Cependant, la vertu ne suffit pas au bonheur. En effet, Aristote met en avant le fait que l’homme a besoin d’avoir un corps en bonne santé, ainsi que des biens extérieurs.
Epicure
“Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse.”
Epicure, philosophe grec du grand courant de l’épicurisme, distingue les différents plaisirs. Le plaisir qui apporte souffrance et douleur ; et celui qui apporte la paix de l’âme. Pour Epicure, il faut que l’homme sache différencier ces deux plaisirs pour être heureux.
La première théorie, peut-être la plus naturelle, assimile le bonheur à une certaine quantité de plaisir et à l’absence de douleur. Il s’agit de la théorie hédoniste du bonheur (hédon signifie plaisir en grec). Le philosophe grec Épicure (vers – 341 à – 270) avait noté la propension des hommes à se précipiter vers des choses qui ne les satisfont pas. On recherche les honneurs ou l’argent, le pouvoir, la passion amoureuse ou la réplétion. On finit anxieux et dégoûté. A contrario, il avait remarqué comment les « créatures » que la société n’a pas encore « gauchies », les enfants et les animaux, semblent ne poursuivre que le plaisir et l’absence de peines. Il proposait de suivre leur exemple.
Confucius
“Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir.”
Le sage chinois Confucius a lieu aussi apporté sa vision du bonheur. Le confucianisme inspire aujourd’hui bon nombre de livres, blogs sur le développement personnel, la « positive attitude » et la méditation. Il s’agit tout compte fait de savoir apprécier le moment présent, plutôt que de voir le bonheur comme un but à atteindre.
Lao Tseu
“Si vous êtes déprimé, vous vivez dans le passé. Si vous êtes anxieux, vous vivez dans le futur. Si vous êtes en paix avec vous-même, vous vivez dans le présent. »
Considéré comme le père fondateur du taoïsme, ce sage chinois conseille à tout Homme de vivre dans l’instant présent, sans se soucier de ses actes passés, ni de ceux futurs. Il s’agit concrètement de profiter des joies de la vie paisiblement.
Emmanuel Kant
“Le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison.”
Emmanuel Kant, philosophe allemand du XVIIIe siècle, assimile la notion de bonheur à la satisfaction complète des besoins et des désirs.
Arthur Schopenhauer
“Le bonheur positif et parfait est impossible ; il faut seulement s’attendre à un état comparativement moins douloureux.”
Arthur Schopenhauer, philosophe allemand du XVIIIe siècle, refuse l’idée que la satisfaction totale des désirs s’identifie à la plénitude ou à la tranquillité. Pour ce philosophe, la quête du bonheur est donc une perte de temps, puisqu’il s’avère introuvable…
Friedrich Nietzsche
“Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est en voie d’être surmontée.”
Pour le philosophe allemand du XIXe siècle, la vie ne tend pas au bonheur. En effet, selon lui, la vie est une énergie qui pousse tout être vivant à étendre son pouvoir. Elle est donc à la fois force créatrice et destruction.
Hobbes (1588-1679) : les fondements de la théorie du bonheur
Le bonheur est défini par Hobbes, dans le Léviathan, comme « une continuelle marche en avant du désir, d’un objet à un autre, la saisie du premier n’étant encore que la route qui mène au second » [Lév., XI, 1, 95]. Soucieux de s’assurer une possession durable de l’objet variable de son désir, l’individu hobbesien est ainsi décrit comme emporté dans un processus sans fin. Du point de vue de l’anthropologie philosophique, cette insatiabilité se résume en une « inclination générale de toute l’humanité », en « un désir perpétuel et sans trêve d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’à la mort » [ibid., XI, 2, 96]. Alors que l’idée de bonheur avait été associée par les philosophes antiques à une jouissance calme et sereine du souverain bien, elle se trouve désormais caractérisée par l’inquiétude qui tenaille le désir d’un homme hanté par sa radicale finitude. La disparition de l’idée de souverain bien et le développement corrélatif d’une pensée de l’utilité contribuent notablement à identifier la recherche du bonheur et la recherche du pouvoir. Par un singulier renversement de perspective, Hobbes en vient ainsi à confier le soin de notre félicité à un souci perpétuel d’acquérir biens et pouvoirs, à un progrès purement cumulatif qui ignore les fins dernières, le bien suprême et le souci de la sagesse.
Cette inversion de la perspective classique sur le bonheur ne saurait toutefois se comprendre si l’on ignore ses fondements philosophiques, qui sont, d’une part, une théorie mécaniste du plaisir et de la peine et, d’autre part, une théorie subjectiviste de la valeur…
Le bonheur selon le philosophe Alain
Selon le philosophe Alain, apprécier pleinement le bonheur est une question d’action et de savoir vivre.
Par Natacha Czerwinski
publié le 18/11/2009 à 12:40
Actualité
Société
C’est un best-seller. Un ouvrage qui a fait le tour du monde et qui, plus de 80 ans après sa parution, demeure une référence. Avec ses Propos sur le bonheur, Alain (de son vrai nom Emile Chartier) a signé en 1925 un recueil aux allures de méthode de coaching.
Pour Alain, le bonheur dépend de notre capacité à agir.
Simple, pragmatique, et rehaussé, analyse le chercheur Thierry Leterre[1], d’une pointe de “cynisme amusé” qui concourt à son charme. Au coeur de la pensée du philosophe, il y a l’idée que vivre, c’est déjà être heureux. “Comme la fraise a goût de fraise, ainsi la vie a goût de bonheur”, écrivait-il joliment. Mais pour pouvoir l’apprécier pleinement, il faut une certaine dose de “savoir-vivre”, explique Thierry Leterre: “Pour Alain, le bonheur ne dépend pas de ce que l’on a mais de ce que l’on fait, de notre capacité à agir. Le bonheur est une façon de faire.” Jardiner, cuisiner, écrire, peindre, jouer au football : peu importe l’activité tant qu’on est en harmonie avec soi-même. “Tout bonheur est poésie essentiellement, et poésie veut dire action ; l’on n’aime guère un bonheur qui vous tombe ; on veut l’avoir fait. L’enfant se moque de nos jardins, et il se fait un beau jardin, avec des tas de sable et des brins de paille. Imaginez-vous un collectionneur qui n’aurait pas fait sa collection?”, ajoute Alain qui, en ce sens, apparaît comme un précurseur involontaire et paradoxal ? il détestait cette discipline ? de la psychologie positive .
[1] Auteur de la biographie Alain, le premier intellectuel (Stock) et doyen du centre européen de la Miami University
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Et lui, était-il heureux ? “Il a toujours essayé de l’être, pointe Thierry Leterre. Avant la première guerre mondiale, c’était un homme jeune, grand séducteur. Quand il rentre du front, il est choqué, il a les cheveux blancs, le pied broyé. Mais il ne renonce pas pour autant au bonheur. D’ailleurs, il se marie en 1945 et sera très heureux jusqu’à sa mort, en 1951.” Fidèle à ses préceptes. Car, disait-il, “il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.”
JEAN-JACQUES ROUSSEAU : LA QUÊTE PHILOSOPHIQUE D’UN REBELLE
FAROUCHE ET ANTICONFORMISTE
Avec Voltaire, Rousseau est certainement le philosophe des Lumières dont nous avons le mieux retenu le nom. De son temps, son esprit farouche et anticonformiste lui aura valu beaucoup de détracteurs et fait changer trois fois de religion.
Son esprit rebelle lui aura également peut être permis de prendre beaucoup de recul avec ses compères des Lumières qui portaient aux nues l’idée du Progrès comme destin heureux des hommes.
C’est désormais grâce au génie du cerveau humain, et non plus seulement aux bonnes grâces divines, que les hommes peuvent se bâtir un monde meilleur.
C’est dans cet enthousiasme général que Rousseau se distingue.
PROGRESSER N’EST PAS S’ÉLEVER
Rousseau ne doit pas seulement sa réputation à son caractère anticonformiste et sauvage, il la doit à sa magnifique plume qui a su exprimer avec élégance et simplicité des idées originales et complexes. Il a su, entre autres, distinguer les limites de la démocratie, et les dangers potentiels du Progrès sur le bonheur des hommes.
Rousseau note ainsi que progresser n’est pas s’élever. Dans le premier cas nous cultivons notre intelligence, dans le second cas nous cultivons notre sagesse. Or, pour Rousseau la sagesse est un bien meilleur garant du bonheur que l’intelligence, car le bonheur lui est intimement lié :
Quoi qu’on puisse en dire, j’ai été sage, puisque j’ai été heureux autant que ma nature m’a permis de l’être : je n’ai point été chercher ma félicité au loin, je l’ai cherchée auprès de moi et l’y ai trouvée.
LE BONHEUR ET LA RELIGION
Rousseau aura effectivement consacré toute son œuvre et sa vie à être heureux. Une quête de vie qui fait l’objet de thèse de Joël Bienfait, agrégé de Lettres modernes et auteur de « Le bonheur entre Jean Jacques et Rousseau » . Son étude s’attache à démontrer que bien que Rousseau ait été un fervent Chrétien, il estime que le bonheur ne peut être compatible avec la religion. De même qu’avec toute autre forme de croyance d’ailleurs. Il faut dire que pendant longtemps, l’Eglise s’est invitée dans la vie sociale et intime des gens, allant souvent à l’encontre de leurs inclinaisons naturelles, ce qui ne pouvaient que les rendre malheureux.
Alors si ni le Progrès ni les Dogmes nous conduisent à l’épanouissement de soi et à une vie sage et heureuse, quel est donc le chemin à prendre ?
LA CLÉ DU BONHEUR : L’AMOUR DE SOI
LA CONNAISSANCE DE SOI
On n’aime que ce que l’on connaît et comprend, c’est la simple raison pour laquelle il est important de se connaître. Rousseau, connaisseur des Anciens, et donc du mythe de Narcisse avait compris que l’authenticité était une condition non négociable d’une vie épanouie.
L’humain est par nature paradoxal, nous avons tous les mêmes pulsions de violence et d’égoïsme quand nous sommes frustrés. Il n’empêche que nous savons aussi aimer, soutenir, consoler, nourrir, etc… La connaissance de soi permet d’être lucide avec ses qualités, ses défauts mais aussi ses besoins et ses envies. Se connaître, c’est certes passer par des vérités désagréables, mais c’est surtout faire la lumière sur sa propre valeur.
LE RESPECT DE SOI
Le bonheur chez Rousseau demande donc d’être conscient de sa valeur et des valeurs qui nous inspirent et nous portent. En faisant ce travail intérieur, on ne se rend pas forcément compte que l’on construit sa propre estime, et son respect de soi. C’est pourtant bien ce qu’il se passe.
Si le respect de soi est un garant du bonheur, c’est parce qu’il nous met au centre de nos décisions et de nos choix. Nous agissons en fonction de nous et non des attentes de nos proches ou de la société :
J’appris que la première sagesse est de vouloir ce qui est, et de régler son cœur sur sa destinée. Voilà tout ce qui dépend de nous, me disiez-vous ; tout le reste est de nécessité.
Rousseau le sait par expérience.
ÊTRE ALIGNÉ AVEC SES VALEURS
Le respect de soi implique inévitablement la nécessité d’être aligné avec ses valeurs. Bien que cela soit certainement une aspiration de tous, la société ne nous facilite pas les choses. Les tentations et le risque d’être excommunié du groupe pour avoir dit sa vérité nous éloignent bien souvent de notre alignement.
Rousseau compare la vie en société à un champ de bataille, et distingue les courageux des vrais héros :
Le brave ne fait ses preuves qu’aux jours de bataille ; le vrai héros fait la sienne tous les jours, et ses vertus, pour se montrer quelques fois en pompe, n’en sont pas d’un usage moins fréquent sous un extérieur plus modeste.
Si nous nous éloignons de nos principes, c’est bien pour gagner ailleurs. Le désir de gloire, de réussite sociale est le sacerdoce des braves. Leur ambition les dirige et les pousse à se dépasser ou à oublier leurs valeurs si elles les freinent dans leur avancement. Quoiqu’il en soit, ils sortent des sentiers battus. Mais pour celui qui veut être droit et honnête avec lui-même et les autres, la souplesse d’esprit n’est pas de rigueur. Un amour vrai ne fait pas de compromis.
PRENDRE SOIN DE SOI
Parce que la vie nous éprouve assez, il est nécessaire de prendre soin de soi. Nous pourrions parier que Rousseau aurait adoré la philosophie nordique du Hygge.
« Les plaisirs du cœur sont le bonheur du sage : Que ces plaisirs sont doux à qui sait les goûter ! Heureux qui les connaît, et sait s’en contenter ! Jouir de leurs douceurs dans un état paisible, c’est le plus cher désir auquel je suis sensible. Un bon livre, un ami, la liberté, la paix : Faut-il pour vivre heureux former d’autres souhaits ?
Bien que Rousseau soit un esprit indépendant, il ne considérait pas que le bonheur soit possible sans les autres. Un état d’esprit heureux et joyeux nous pousse naturellement à être ouverts aux autres. D’ailleurs Rousseau aura consacré une grande partie de son parcours philosophique à réfléchir au bonheur collectif. Dans « De la République », par exemple, il s’interrogera sur quel régime politique le bonheur collectif peut émerger.
DU BONHEUR INDIVIDUEL AU BONHEUR COLLECTIF
LA LIBERTÉ
Pas de bonheur sans liberté . C’est l’évidence même. La liberté c’est avant tout la possibilité de suivre son cœur, ses désirs, pouvoir faire ce qu’on veut, où on veut et avec qui on veut et s’il le veut bien. Car la liberté doit être pour tous bien sûr.
Alors que le succès aurait dû le faire changer de comportement et d’état d’esprit en adoptant le comportement que l’on attendait de lui, faire la cour, participer à des discussions de Salon, copiner avec les autres Lumières, Rousseau ne l’entendit pas de cette oreille « Le succès de mes premiers écrits m’avait mis à la mode. L’état que j’avais pris excitait la curiosité ; l’on voulait connaître cet homme bizarre, qui ne recherchait personne, et ne se souciait de rien que de vivre heureux à sa manière. » La première liberté que l’on doit s’accorder pour Rousseau c’est d’être cohérent avec sa nature, car c’est seulement ainsi que nous pouvons pleinement nous épanouir.
La liberté c’est de pouvoir exprimer qui on est. Si nous pouvions nous accorder cette liberté, au lieu de préférer la standardisation, la mode, la « bien-pensance », de préférer la diversité et l’originalité, il est clair que cela ne pourrait que servir le bonheur de vivre ensemble.
LES AMIS
La liberté de Rousseau c’est l’indépendance, mais ce n’est pas celle de l’autiste ou du misanthrope.
Je sais qu’une solitude absolue est un état triste et contraire à la nature : les sentiments affectueux nourrissent l’âme, la communication des idées avive l’esprit. Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous. Enfin telle est la constitution de l’homme en cette vie qu’on n’y parvient jamais à bien jouir sans le concours d’autrui.
LE CODE DU TRAVAIL SELON JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Nous le savons, le travail peut nous épanouir comme nous aliéner . A ce propos, Rousseau propose son code du travail :
« L’homme […] est un être trop noble pour devoir servir simplement d’instruments à d’autres, et l’on ne doit point l’employer à qui leur convient sans consulter aussi ce qui lui convient à lui-même ; car les hommes ne sont pas faits pour les places, mais les places sont faites pour eux ; et, pour distribuer convenablement les choses, il ne faut pas tant chercher dans leur partage l’emploi auquel chaque homme est le plus propre, que celui qui est le plus propre à chaque homme pour le rendre bon et heureux autant qu’il est possible. Il n’est jamais permis de détériorer une âme humaine pour l’avantage des autres, ni de faire un scélérat pour le service des honnêtes gens. »