Les alicaments comme un aliment anticancer, ça existe ? En tant que médecin, je suis toujours surpris de constater avec quelle facilité on prescrit des médicaments pour des pathologies provoquées par une alimentation déséquilibrée alors que quelques ajustements suffiraient à corriger le problème. Voyons comment l’alimentation pose les bases d’une bonne santé.
Prenons l’exemple du cholestérol: trop de «mauvais » cholestérol dans le sang risque à terme de boucher les artères, donc de provoquer des problèmes cardiovasculaires.
Or, il est possible de réduire ce mauvais cholestérol par le biais de l’alimentation: en limitant les apports en graisses saturées, en consommant plus d’aliments riches en fibres et en probiotiques, en buvant tous les jours un peu de café et de vin (un verre par jour), en ajoutant un peu de romarin dans ses préparations, etc.
Et l’amélioration sera encore plus sensible avec un peu d’activité physique, par exemple en marchant 30 minutes tous les jours. Pour définir un alicament (contraction entre aliment et médicament) ou un aliment anticancer il faut avoir une vision large de la nutrition.
Un aliment anticancer, ça existe ?
Un aliment tout seul, isolé, ne peut se suffire à lui-même. Un aliment anticancer n’existera que dans le cadre d’une alimentation variée et équilibrée. Ce n’est pas en faisant une mono-diète de curcuma (l’exemple est volontairement choisi) que vous allez régler quoi que ce soit malgré toutes les vertus qu’on lui porte (articulations, troubles digestifs, bon pour le foie…).
Il n’y a donc pas d’aliment miracle qui nous sauverait à lui tout seul de telle ou telle pathologie. Mais l’alimentation anticancer, c’est déjà plus juste, car c’est la combinaison d’aliments aux vertus santé contre le cancer, contre le cholestérol, contre le diabète… qui peut vraiment aider.
Pourtant, beaucoup de médecins s’obstinent à prescrire des médicaments, qui atténuent certes les symptômes mais ne traitent absolument pas les causes et, dans la plupart des cas, ne font que retarder le problème, augmentant le risque d’exposition à une intervention chirurgicale souvent lourde.
Alors même qu’il est possible de réduire le cholestérol en jouant sur l’alimentation. Car le corps a la formidable capacité de s’auto-guérir et de s’adapter.
L’alimentation pour protéger son corps
En tenant à distance les aliments nocifs, on réduit le risque de maladie ; en donnant au corps les armes pour guérir, on lui permet de se réparer et on élimine le symptôme. Et dès lors qu’il peut reprendre un fonctionnement normal, le corps n’a plus aucune raison de tomber malade. Nombreuses sont les pathologies que nos choix alimentaires peuvent « soigner ».
Une étude américaine, la Harvard Nurses’ Health Study, a ainsi démontré que les femmes ayant un apport élevé en vitamine E provenant d’une consommation importante de fruits oléagineux couraient deux fois moins de risques de souffrir d’asthme*.
De même, alors que les produits laitiers ont aujourd’hui mauvais presse, une consommation régulière permettrait de diminuer de façon significative le risque de cancer du côlon chez la femme.
On a pu aussi noter que les populations d’Asie et d’Afrique qui ont conservé une alimentation riche en légumes verts, en herbes et en céréales ou légumineuses, sont beaucoup moins exposées aux problèmes cardiaques que les personnes vivant en Europe ou aux États-Unis.
De façon générale, privilégier des aliments naturels (c’està-dire non transformés) et riches en antioxydants permettrait d’éviter et même d’améliorer bien des problèmes de santé, qu’il s’agisse de dysfonctionnements touchant des organes précis (poumons, reins, foie ou cœur) ou des systèmes organiques entiers (respiratoire, cardiaque, immunitaire), ainsi que des pathologies chroniques telles que les reflux, le diabète ou le syndrome du côlon irritable, qui n’ont pourtant rien d’une fatalité et ne sont pas forcément irréversibles.
Savoir qu’il est possible d’inverser la tendance en quelques mois seulement donne envie de faire davantage attention à ce que l’on mange, n’est-ce pas?
Les Fibres, bonnes pour la santé
Ce groupe d’aliments devrait constituer la base de tous nos repas. Il apporte l’essentiel des fibres nécessaires à une bonne santé ainsi que des vitamines (dont beaucoup d’antioxydants) et nutriments en quantité importante.
Si l’Organisation mondiale de la santé ou l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) préconisent d’absorber entre 25 et 30 g de fibres par jour, cette recommandation est très peu suivie en France où la consommation est de 11 g en moyenne.
Pourtant, les fibres aident à réduire les maladies cardiovasculaires et intestinales et pourraient aussi, en modifiant la flore intestinale (aussi appelée microbiote), agir sur bien d’autres maladies.
Les progrès de la recherche semblent ainsi associer une consommation insuffisante de fibres à certaines perturbations des fonctions cérébrales (maladie d’Alzheimer, par exemple) ou à des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques.
Manger plus de fruits et légumes, pas si banal…
Que je vous incite à manger davantage de fruits et de légumes vous semble peut-être banal: cela fait tellement longtemps qu’on nous assène ce slogan assommant de «5 fruits et légumes par jour ».
Malheureusement, on n’a pas beaucoup expliqué pourquoi cela était important, lesquels pouvaient être les plus bénéfiques, comment les consommer de façon intelligente, voire comment leur substituer d’autres végétaux comme les céréales, également très riches en fibres.
Assez curieusement, pendant la rédaction de cet ouvrage, l’ANSES a enfin décidé de s’intéresser aux végétaux riches en fibres, que j’avais déjà classés dans le groupe 1 des aliments qui nous veulent du bien.
Je ne peux donc que m’en réjouir. Une dernière précision: plus qu’une consommation de 5 fruits et légumes par jour, la quantité de 400 g est fondamentale. Rappelons en effet que la consommation des fruits et légumes frais a diminué de 2 % en 5 ans !
Alors variez votre alimentation, c’est le meilleur moyen de donner aux aliments que vous consommez tout le pouvoir santé qu’ils peuvent apporter.
*Troisi R. J., Willett W. C., Weiss S. T., Trichopoulos D., Rosner B., Speizer
F. E., «A prospective study of diet and adult-onset asthma », American Journal of
Respiratory and Critical Care Medicine, 1995, vol. 151, no
5, p. 1401-1408.